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AVORTEMENT CLANDESTIN   Quand les femmes mariées dament le pion aux jeunes  

L’avortement de façon générale est l’interruption d’une grossesse avant les 22 semaines.  Cela peut se faire de façon spontanée, c’est-à-dire que la grossesse peut couler d’elle-même sans l’intervention d’une personne ou de façon provoquée (médicalisé ou clandestine). Connu de tous, l’avortement provoqué qui est l’interruption du fœtus de façon volontaire est celui pratiqué très souvent par les jeunes filles qui contractent les grossesses non désirées. Désormais, les femmes au foyer pratiquent, de plus en plus, l’avortement. Pourquoi ? Nous avons rencontré une femme mariée qui en a pratiqué et voici ce qu’elle nous a dit.

 

L’avortement au Burkina n’est pas autorisé sauf en cas d’inceste, de viol, de malformation du fœtus, ou quand la vie de la maman est en danger. Mais de plus en plus, certaines femmes se font avorter, non pas parce qu’elles font dans le vagabondage sexuel, mais parce qu’elles ont contracté des grossesses non désirables.  Le cas présent concerne une femme qui, 5 mois à peine après son accouchement, est tombée enceinte. Une grossesse qu’elle n’a pas désirée.

C’est dans la soirée du 15 juillet que nous a reçues Mme Zoundi (nom d’emprunt). Allongée dans son divan, la trentaine bien sonnée, avec son nourrisson d’à peine 5 mois, le tété dans la bouche, dame Zoundi, mère de deux enfants, n’a pas laissé le 3e voir le jour. Pourquoi ? Parce que, selon elle, c’est un fœtus non désiré. « J’ai accouché à peine 5 mois et, à ma grande surprise, je suis déjà enceinte. Cela a été très pénible pour moi d’être une mère allaitante et enceinte en même temps, alors j’ai décidé d’interrompre la grossesse pour bien prendre soin de mon enfant », explique-t-elle. A la question de savoir si Mme Zoundi n’était pas sous contraception après son accouchement ? Elle nous répond par l’affirmative, avant d’ajouter : « c’est une grossesse non désirée et je risquais d’être indexée par tous si je laissais cette grossesse évoluer. Bien qu’ayant consciente des dangers et la position de la religion sur l’avortement, la situation ne m’a laissé de choix que d’interrompre le fœtus », nous confie-t-elle.

Un tel avortement peut être classé dans quel type d’avortement ? Mme Zoundi était-elle autorisée à se débarrasser de son fœtus ? Claude Béatrice Sawadogo, sage-femme nous répond que les agents de santé font face régulièrement à ce genre de cas. Ce que dame Zoundi ignore, certainement et à écouter l’agent de santé, avoir un nourrisson et être enceinte, n’est pas une fatalité. « Certaines femmes à leur retour de couche, même étant sous contraception ou non en ayant des rapports sexuels peuvent tomber enceinte. C’est vrai que dans pareil cas, la prise en charge urgente dont la femme a besoin, c’est celle psychologique. Parce que dans une situation du genre, la femme est très stressée », explique la sage-femme. « Il faut d’abord la rassurer car, c’est une situation non seulement difficile mais aussi alarmante », dit-elle en soulignant que les agents de santé assurent, dans ce cas, « un suivi très rapproché de la grossesse et un très bon suivi nutritionnel du bébé ».

Elle ajoute que le retour à la fertilité varie d’une femme à une autre et il est précoce surtout quand la femme ne pratique pas l’allaitement maternel exclusif. De même, fait-elle remarquer, « aucune méthode contraceptive n’est efficace à 100% ».  Une femme allaitante peut donc tomber enceinte quelques mois à peine après son accouchement.

Nous sommes dans une situation de grossesse non désirée et effectivement la majorité des avortements provoqués ont pour principale cause les grossesses non désirées. Est-ce possible qu’on fasse avorter l’intéressée si toutefois elle le souhaite ? A la sage-femme de répondre que l’article 387 du code pénale stipule  que l’interruption volontaire de grossesse est  autorisée dans les cas suivants : le maintien de la grossesse met en péril la santé de la femme, une forte probabilité que l'enfant à naître soit atteint d'une affection d'une particulière gravité reconnue comme incurable au moment du diagnostic. En plus, en cas de viol ou d'inceste établis, l’avortement peut être autorisé. Si donc la grossesse de la femme se trouve dans les cas suscités, elle peut se faire avorter. Dans le cas contraire, la réponse est non.

Pour éviter ce genre de cas, Mme Sawadogo demande aux femmes de pratiquer l’allaitement exclusif qui est en lui-même une méthode contraceptive. Elle souhaite aussi que toute femme qui venait à accoucher adhère autant que possible à la planification post-partum immédiat.

 

Valérie YAMEOGO/TIANHOUN

 

 

ENCADRE

 

QUE DIT LA REGLEMENTATION SUR L’AVORTEMENT CHEZ LES FEMMES MARIEES ?

 

« La règlementation est la même chez les jeunes filles comme chez les femmes mariées », selon Awa Yanogo

 

Coordonnatrice de la Communauté d’Action Pour la Promotion de la Santé Sexuelle et Reproductive au Burkina (CAPSSR-BF), Awa Yanogo souligne. 

 

« La règlementation en matière de l’avortement est la même chez les femmes mariées comme chez les jeunes filles. La loi dans l’article 513-10 du code pénal prévoit que l’avortement est interdit de façon générale. Cependant, l’article 513-13 prévoit que l’’interruption volontaire de grossesse peut à tout âge gestationnel être pratiquée si un médecin atteste après examens que le maintien de la grossesse met en péril la santé de la femme ou qu’il existe une forte probabilité que l’enfant à naître soit atteint d’une maladie ou d’une infirmité d’une particulière gravité reconnue comme incurable au moment du diagnostic. Aussi, l’article 513-14 précise qu’en cas de viol ou d’inceste, si la matérialité de la détresse est établie par le ministère public, la femme enceinte peut demander à un médecin dans les quatorze (14) premières semaines, l’interruption de sa grossesse. La femme en couple qui contracte une grossesse et qui souhaite faire un avortement, doit avoir une grossesse qui répond aux conditions autorisées par la loi, pour bénéficier d’un avortement sécurisé. Et dans le cas contraire elle doit garder sa grossesse. Si une femme dès le retour de ces couches contracte une autre grossesse, et si la nouvelle grossesse met en danger sa vie il y a de force chance qu’on lui autorise un avortement, car cela rentre dans une des conditions citées plus haut. Dans le cas contraire aucun médecin ne pourra lui offrir un avortement sécurisé. C’est malheureusement ce qui amène beaucoup de femmes mariées ou pas à faire des avortements clandestins, mettant en danger leur vie ».

 

 

 

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