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CLAUDE BEATRICE SAWADOGO, A PROPOS DE LA MORTALITE MATERNELLE« 330 décès pour 100 000 naissances  sont enregistrés au Burkina » 

Pourquoi les femmes continuent-elles de mourir en donnant la vie en ce 21e siècle ? Faut-il avoir peur de son sort quand on est enceinte ? Ce sont autant de questions qui trouvent leur réponse dans cet entretien que nous a accordé Claude Béatrice Sawadogo de l’Association pour la promotion de la sage-femme et  du maïeuticien (APSAM /BF), par ailleurs sage-femme de son état au CSPS du trame d’accueil. Lisez !

 

Qu’est-ce que la mortalité maternelle ?

 

La mortalité maternelle signifie le décès d'une femme pendant la grossesse ou dans les 42 jours qui suivent l'interruption d'une grossesse pour une cause quelconque liée à la grossesse, aggravée par celle-ci ou liée à sa prise en charge, mais non pas pour des causes accidentelles ou fortuites.

 

Quelles sont les causes de la mortalité maternelle ?

 

Nous pouvons citer les causes directes, les causes indirectes et, à côté de ces causes, les facteurs favorisants et les facteurs sous-jacents

Pour les causes directes, elles sont multiples et sont les plus fréquentes. On peut citer dans ce cas les hémorragies qui représentent 29% des décès maternels, les infections (21%), les complications d’avortements (7%), les troubles hypertensifs (7%), les dystocies (6%), les autres causes (30%). Les facteurs favorisants ces décès sont regroupés sous l’appellation des trois retards :

- le 1er retard: Retard dans la décision d’aller consulter,

- 2e retard: Retard dans le transport,

- 3e retard: Retard dans l’administration des soins.

A côté de ces trois retards se trouvent les facteurs sous-jacents qui contribuent à la persistance de ces retards et par ricochet, de la mortalité maternelle. Ces derniers sont :

* La pauvreté qui touche plus les femmes,

* Les pesanteurs socioculturelles qui sont à la base des comportements néfastes à la santé des mères et des enfants,

* Le faible niveau d’instruction (existence de lien entre instruction et indicateurs de SMNI),

* La persistance de certaines pratiques telles que :

- Les tabous alimentaires,

- l’excision,

- les violences domestiques,

- les mariages précoces et/ou forcés,

- le lévirat.

 

Qu’en est-il du plateau technique dans les centres de santé ?

 

Disons que pour ce qui est  du plateau technique  dans nos centres de santé, beaucoup de choses sont faites par le ministère de la Santé et ses partenaires techniques et financiers (PTF) ainsi que la société civile  pour changer la donne. Ce qui fait que comparativement aux années  antérieures, nous avons beaucoup plus de personnels  travaillant dans le domaine   de la santé maternelle notamment beaucoup plus de sages- femmes, ainsi que des sages-femmes cadres et de gynécologues. Il y a aussi les centres médicaux avec antenne chirurgicale qui existent dans pratiquement toutes les régions sanitaires avec des équipements adéquats pour les accouchements et la réanimation du nouveau-né qui sont à saluer. Malgré ces mesures,   beaucoup reste à faire  surtout pour ce qui est de la qualité de la formation du personnel et du matériel fourni.

 

Souvent, les sages-femmes sont indexées d’être responsables des décès liés à la maternité. Que répondez-vous ?

 

Au Burkina Faso,  le décès maternel  se trouve à la fin d’une chaîne de trois retards que nous avons cités plus haut.

Nous pouvons donc reconnaître que la sage-femme se positionne dans le troisième retard  parce que dans ce retard, on retrouve  l’insuffisance de compétences et la mauvaise organisation du service qui peuvent bien sûr être imputées à tort ou à raison à la sage-femme

 

Quelle est la situation actuelle de la mortalité maternelle au Burkina ?

 

A ce jour, nous avons un ratio de 330 décès pour 100000 naissances  au Burkina Faso  selon  EMDS  de 2015 avec une disparité géo spatiale, un taux plus élevé au Sahel et moins élevé au Centre-Sud  en dehors bien sûr de la ville de Ouagadougou et de Bobo-Dioulasso qui abritent les deux grands centres de référence nationaux

 

Quelles sont les actions menées par l’Etat pour lutter contre la mortalité maternelle ?

 

Plusieurs actions sont menées par l’Etat dans le cadre de la lutte contre la mortalité maternelle. Entre autres, on peut citer :

* La planification familiale qui réduit de 30% les décès maternels,

* La Gratuité de la consultation prénatale depuis 2002,

* L’élimination de la transmission mère-enfant du VIH (ETME),

* L’assistance qualifiée à l’accouchement et soins obstétricaux et néonataux d’urgence

* L’amélioration de la disponibilité en ressources humaines en qualité à travers l’augmentation du recrutement et la formation du personnel travaillant dans le domaine  des sages-femmes et de celles cadres, gynécologues, la formation continue de celles déjà sur le terrain ;

* l’équipement et la dotation en matériel et consommables des services de maternité, la gratuité des soins préventifs et  curatifs  de la femme enceinte.

Des actions très salvatrices même si elles ont des insuffisances.

 

Quels ont les comportements qu’une femme enceinte doit adopter pour éviter la mortalité maternelle ?

 

Le bon réflexe d’une femme qui se sait ou qui se soupçonne être enceinte, est de se rendre dans un service de santé maternelle et infantile (SMI). A ce service, la femme pourra avoir les soins et conseils d’un agent qualifié qui pourra aider la femme à reconnaître les signes de danger pendant la grossesse, l’accouchement et dans les suites de couche, et surtout comment se comporter quand elle a ces signes de danger. Les femmes enceintes doivent absolument éviter l’automédication et les travaux pénibles.

 

Autres commentaires à faire ?

 

Comme je le disais plus haut, le Burkina Faso a un  ratio  de décès maternel  de 330 /100000 NV. Mais cité de la sorte, on pourrait croire que cela est anodin. Or, ces chiffres sont beaucoup et même énormes. On se rend compte que c’est une véritable tragédie, alors que notre souhait est que chaque individu, chaque famille et chaque communauté se sentent interpellés et que chacun à son niveau et selon ses capacités, agisse pour que nous puissions tendre vers  zéro décès évitables. Comme le dit le grand maître en gynéco- obstétrique, Pr Mahmoud Fathalla : «Les femmes  ne meurent pas de maladies que nous ne pouvons pas traiter, elles meurent parce que la société n’a toujours pas décidé que leur vie mérite d’être sauvée ».

Alors, que la société décide enfin à réparer cette injustice sociale.

 

Valérie TIANHOUN

 

 

 

 

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