Breaking News

Dr NAYI ZONGO, A PROPOS DU CANCER DE SEIN   « La détection précoce du cancer du sein sauve des vies »

Le cancer du sein tue, mais détecté tôt on peut en guérir. Quelles sont les facteurs de risque de cette maladie ? Comment être à l’abri du cancer ? Etre atteint du cancer signifie-t-il qu’on est condamné à mourir ? Ce sont autant de question auxquelles le cancérologue au Centre hospitalier universitaire Yalgado Ouédraogo (CHU- YO), Dr Nayi Zongo répond dans cette interview. Lisez ! 

 

« Le Pays » : Qu’est-ce que le cancer ?

 

Dr Zongo : C’est une multiplication incontrôlée et anarchique de cellules ayant échappé au contrôle de l’organisme. Ces cellules,  immortelles, se multiplient sans tenir compte des besoins de l’organisme. Il en résulte des amas de cellules autonomes vis-à-vis de l’organisme, pouvant donner une tuméfaction ou tumeur ou néoplasie. C’est une néoformation maligne.

 

Quelle définition peut-on donner au cancer du sein ?

 

Le cancer du sein est une multiplication incontrôlée et anarchique des cellules ayant échappé au contrôle de l’organisme aux dépens des éléments constitutifs du sein

 

Quelles sont les causes du cancer du sein ?

 

Les facteurs de risque ou facteurs favorisants sont multiples, mais nous pouvons retenir :

- la féminité : pour 100 cas de cancer du sein diagnostiqués, 94 à 99 cas se rencontrent chez la femme contre seulement 1 à 6 cas chez l’homme. Une femme sur huit présentera un cancer du sein au cours de sa vie.

- l’âge : le risque de cancer du sein augmente avec l’âge. Dans le monde, l’âge moyen de sa survenue est de 50 ans. Cette moyenne varie entre 40 et 50 ans en Afrique et atteint  65 ans en occident. Le cancer survient 15 à 20 ans plutôt en Afrique comparé à l’occident.

- la prédisposition familiale : le risque relatif augmente de 2 à 3 lorsqu’une parente de premier degré (sœur, mère, fille) est atteinte d’un cancer du sein.

- hérédité : des familles à cancer du sein sont décrites. Elle est le plus souvent liée à une mutation génétique portant sur les gènes BRCA1 et BRCA2. Les femmes mutées présentent un risque de plus de 85% de présenter un cancer au cours de leur vie. Ces cancers surviennent le plus souvent à un âge jeune.

- les facteurs hormonaux : le facteur commun de ceux-ci est l’hyperoestrogenie. Ce sont par exemple :

  • la pauciparité : le fait de faire peu d’enfants ;
  • la nulliparité : le fait de ne pas en faire du tout ;
  • la première grossesse tardive : le fait de faire son premier enfant au-delà de ses 35 ans ;
  • l’absence d’allaitement au sein : l’allaitement étant considéré comme un facteur protecteur contre le cancer du sein.
  • une trop grande période d’activité génitale qui est la résultante d’une puberté précoce (ménarche avant 9 ans) et une ménopause tardive (au-delà de 45 ans).
  • le traitement hormonal substitutif : certaines femmes ménopausées pour maintenir les rondeurs, une certaine fraîcheur, se font injecter régulièrement des hormones. Au-delà de 10 ans de pratique, cela devient un risque réel pour le cancer du sein.

- les antécédents de pathologies mammaires bénignes comme les nodules, les abcès, et autres.

- les troubles du métabolisme : diabète, obésité.

- les facteurs alimentaires : l’alimentation trop gras et pauvre en résidus favorise la survenue de cancer du sein.

- les facteurs environnementaux  représentés surtout par les radiations ionisantes.

Mais Il faut noter qu’aucun facteur n’entraîne à coup sûr la survenue du cancer du sein et aussi l’éviction d’un facteur ne protège pas à 100% contre le cancer du sein. C’est là toute la nécessité du dépistage et du diagnostic précoce.

 

Quel est l’état des lieux de la maladie ?

 

Le cancer du sein est le cancer le plus fréquent au Burkina Faso. Il représente 21 % de l’ensemble des cancers et 55% des cancers gynécologiques et mammaires. Il est loin devant le cancer du col de l’utérus en termes de fréquence.

 

D’aucuns pensent que le cancer de sein n’est pas guérissable. Que répondez-vous ?

 

Le cancer du sein est une maladie curable. Trois conditions sont cependant nécessaires à cela :

  • la détection précoce
  • l’accessibilité aux traitements
  • un traitement adéquat

Diagnostiqué au stade de début, la guérison s’obtient dans plus de 94 % des cas.

 

Comment peut-on le soigner ?

 

Le cancer du sein est considéré actuellement comme une maladie hétérogène à la fois locale et générale.

Le but du traitement est :

- d’assurer un contrôle locorégional (chirurgie, radiothérapie).

- la prévention ou le traitement des métastases par un traitement systémique (chimiothérapie, thérapies ciblées).

La présence de récepteur aux œstrogènes et à la progestérone (RE, RP) fait de ce cancer une tumeur hormono-sensible (traitement hormonal).

 

Pensez-vous que le nombre de personnes atteintes du cancer est élevé par rapport aux années antérieures ?

 

Sur le plan mondial, la charge du cancer a atteint 18 millions de nouveaux cas en 2018 avec 9 millions de décès constatés la même année. Le nombre est sans cesse croissant dans le monde et particulièrement en Afrique. Au Burkina Faso, entre 1988 et 2018, l’incidence des cancers a augmenté 83,5 fois.

 

Qu’est ce qui explique cela ?

 

L’augmentation des incidences des cancers peut être due essentiellement à la croissance démographique mais aussi au vieillissement de la population mondiale. Au Burkina Faso, la population est passée de  8,35 millions en 1988 à 19,75 millions en 2018 et l’Esperance de vie de 49,55 ans en 1988 à 60,77 ans en 2017. En outre, du fait de la mondialisation, et de la difficulté qu’ont nos autorités à assurer un contrôle strict des aliments, nos alimentations sont remplis d’aliments  non contrôlés, de nature indécise, de sources diverses (Chine, Europe, Afrique, Asie, Amérique..) dont certains pourraient constituer des facteurs de risque de cancer. Cette augmentation d’incidence peut également s’expliquer par une meilleure détection des cancers. En effet, de nos jours, nous disposons plus de spécialistes intervenant dans le diagnostic des cancers. En outre, les associations de lutte contre le cancer comme la Ligue burkinabè contre le cancer du sein (LIBUCAS), contribuent efficacement à motiver les consultations par leur action de prise de conscience de la population.

 

Comment peut-on prévenir le cancer du sein ?

 

Il n’y a pas de moyen de prévention efficace contre le cancer du sein. Cependant le dépistage permet la détection précoce donc la réduction de la mortalité par cancer du sein. Le dépistage, comme le diagnostic précoce, impose l’intervention de plusieurs acteurs et peut être résumé comme suit :

Dès ses 20 ans,  chaque femme doit pratiquer l’autopalpation ou autoexamen des seins à chaque cycle menstruel (à la fin des règles). Personne ne connaît mieux les seins d’une femme qu’elle-même. La moindre modification de structure, d’aspect, doit faire l’objet de consultation médicale. Cela permet de détecter toute anomalie dès son début.

A partir de 35 ans, chaque femme doit bénéficier d’un examen annuel des seins par un médecin qui s’y connaît (cancérologue, gynécologue). Cet examen détectera toute lésion dépassant un centimètre. Cela évitera les diagnostics tardifs.

A partir de 40 ans, nous conseillons aux femmes de réaliser une mammographie tous les 3 ans et, à partir de 50 ans, une mammographie tous les deux ans jusqu’à l’âge de 74 ans. Cet examen permet la détection des lésions de moins d’un centimètre. En outre, la lésion sera classée selon la classification BIRADS. Dès que la lésion dépasse un BIRADS III, une biopsie doit être systématique.

Si toutes les femmes du Burkina Faso bénéficiaient de ces trois démarches, cela pourrait contribuer à anéantir le taux des retards diagnostiqués et à améliorer de façon conséquente la survie des malades. C’est tout le combat de notre association, la Ligue burkinabè contre le cancer du sein (LIBUCAS).

 

Pourquoi un mois d’octobre rose pour lutter contre le cancer ?

 

Le cancer du sein est fréquent. Il tue plus d’une femme dans le monde par minute. Il peut être détecté tôt et guéri. C’est toute l’importance de la mobilisation contre ce cancer.

 

Votre association organise une campagne de sensibilisation et de dépistage du 19 au 28 octobre 2019. Parlez nous davantage de cette campagne

 

Chaque année depuis 2017, la Ligue burkinabè contre le cancer du sein (LIBUCAS) organise, en partenariat avec AMPO, l’ONG Eureka et l’association nationale des scouts du Burkina Faso, une campagne gratuite de dépistage contre le cancer du sein. En octobre 2017, nous avons examiné environ 400 femmes, en 2018, nous en avons examiné 700 et cette année nous attendons 1 000 femmes. La nouveauté cette année, c’est le haut parrainage de sa majesté le Larlé Naaba Tigré qui montre jusqu’à qu’elle enseigne notre activité a une portée sur la santé de la population. En outre en plus du cancer du sein, nous procédons à un dépistage concomitant du cancer du col de l’utérus. Nos équipes recevront les femmes tous les jours (week-end compris) de 8h à 13h et de 15h à 18h entre le 19 et 28 octobre 2019. C’est à l’infirmerie de AMPO située à Wentenga. Nous invitons les femmes à faire massivement le déplacement à AMPO pour se faire examiner, conseiller, outiller contre les cancers du sein et du col de l’utérus.

 

Qu’est-ce qui sera fait au cours de ces séances ?

 

Les participantes bénéficieront gracieusement de plusieurs services dont :

  • projection de film sur l’autoexamen des seins et Dearmamma ;
  • éxamen clinique des seins à la recherche d’anomalies ;

- demande de mammographie pour toutes les femmes de plus de 40 ans avec ou sans anomalies ;

  • demande d’échographie mammaire pour les moins de 40 ans avec des anomalies au niveau des seins (masse, douleur...) ;
  • apprentissage de l’autoexamen des seins à toutes les participantes ;
  • dépistage du cancer du col de l’utérus et des lésions précancéreuses ;
  • orientation des femmes qui présenteront des anomalies vers des centres susceptibles de les prendre en charge correctement ;
  • distribution de prospectus
  • installation de l’application mobile dearmamma contre le cancer du sein pour toutes les participantes,
  • conseils divers

 

Autre chose à ajouter ?

 

Pour avoir de bons résultats  contre le cancer du sein, d’abord, je suggère que des associations comme la Ligue burkinabè contre le cancer du sein (LIBUCAS), AMPO, l’association KIMI, Eureka, AFAAC… et  le ministère de la Santé puissent sensibiliser toutes les femmes du Burkina afin de bannir les diagnostics tardifs de notre quotidien.

Ensuite, je souhaite que le centre de cancérologie dont la première pierre a été posée, sous les acclamations et l’espoir de tout un peuple, voie enfin le jour pour que la radiothérapie qui est un pan du traitement contre le cancer du sein puisse être effective sur notre territoire.

Enfin, il faudrait, à l’instar de certains pays pauvres comme le nôtre, que nous puissions rendre les traitements gratuits pour tout malade du cancer. Le cancer est déjà une maladie trop lourdement affligeante  et je pense qu’un coût de traitement aussi exorbitant ne doit pas être à la seule charge de la famille qui s’endette souvent pour toute la vie.

 

Valérie TIANHOUN

 

 

 

 

 

 

Check Also

Dr Haïdjikiéma KARAMA, A PROPOS DU CANCER DE LA PROSTATE   « L’existence d’un père ou d’un frère ayant eu un cancer de la prostate multiplie le risque de cancer par 2 à 3 fois»

Le cancer de la prostate, qu’est-ce que c’est ? Qui peut contracter une telle maladie ? Comment …

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *