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HYGIENE HOSPITALIERE  DANS LES ETABLISSEMENTS DE SANTE AU BURKINA : « Nos hôpitaux souffrent de manque d’entretien. » (Dr Joséphine ZOUNGRANA/ KISSOU)

 

Grâce aux antibiotiques, la médecine moderne a fait un progrès notable  dans la prise en charge  des pathologies  infectieuses. Cependant, vers la fin du XXe siècle, apparurent des résistances sporadiques de certains germes. Plusieurs études révèlent la majoration de la prévalence des résistances bactériennes à un nombre  croissant d’antibiotiques. Cette situation propulse l’hygiène hospitalière au rang d’une discipline scientifique à part entière, devant contribuer à la lutte contre les infections.

Au Burkina Faso, devant les progrès actuels de la science et de la technologie, les besoins de plus en plus croissants des populations en matière de santé, les revendications des usagers des établissements de santé et les pressions diverses, garantir la qualité des soins fournis deviennent des soucis majeurs des différents établissements de santé, tant au public qu’au privé. L’année 2003 vit l’adoption d’un programme national d’assurance, qualité. En 2008, le pays se dote d’une stratégie nationale d’hygiène hospitalière qui a été relue en 2015.

ETAT DES LIEUX

Les établissements de santé du Burkina sont confrontés à d’énormes difficultés dont:

-           l’insuffisance d’infrastructures adaptées,

-           l’insuffisance de formation du personnel de santé à la prévention des infections,

-           l’absence de politiques d’harmonisation des pratiques de soins,

-           l’insuffisance des ressources financières,

- l’absence/l’insuffisance de promotion de la culture de l’excellence et de l’hygiène des soins.

-           l’insuffisance de plateaux techniques médicaux adaptés

L’amélioration de la qualité des soins passe, entre autres, par des réformes et des impulsions concernant la politique de santé, les différentes structures et niveaux de responsabilités, mais aussi par la diffusion d'outils de gestion des risques. Elle devrait porter sur le système de management des établissements de santé à savoir:

-           la qualité de l’administration des soins,

-           l’adoption de mesures de sécurité pour le personnel soignant et les malades,

-           la gestion des risques liés aux soins,

-           la nécessité de la mise en place de systèmes de certification, d’accréditation, et l’harmonisation des pratiques de soins.

PERSPECTIVES DE LUTTE CONTRE LES INFECTIONS NOSOCOMIALES (IN)

Les perspectives de lutte que nous proposons ont été élaborées sur la base des connaissances actuelles, après analyse de la littérature disponible et entretien avec les professionnels engagés dans la lutte contre les infections nosocomiales.

Elles ne sont pas une fin en soi, car de nombreux problèmes liés à la situation socio-économique du Burkina restent à résoudre. Néanmoins, l’application de certains gestes simples individuels et collectifs d’hygiène, accessibles et au moindre coût, peut être un élément fondamental pour la réduction de la morbidité et la mortalité imputable  aux infections nosocomiales.

Face à la forte tendance actuelle à la standardisation des pratiques de soins et aux pressions diverses en provenance des populations, du pouvoir politique et des partenaires au développement en vue de l’amélioration de la performance et de la qualité des prestations, la lutte contre les IN dans les établissements de santé du Burkina, particulièrement du niveau  tertiaire, peut  prendre en compte plusieurs axes ayant fait leurs preuves dans les pays  développés :

-           la création des structures de lutte contre les infections nosocomiales au niveau national, intermédiaire et périphérique,

-           la mise en place et la diffusion de documents de référence sur les précautions à prendre à l'égard des patients atteints de maladies infectieuses et sur la désinfection des dispositifs médicaux,

-           l’élaboration et la diffusion d’un guide d'évaluation des mesures d'hygiène hospitalière

-           l’élaboration d’un plan de supervision dans l'ensemble des structures pour contrôler l'application des procédures et des guides de bonnes pratiques d’hygiène,

-           l’allocation des moyens budgétaires consacrés aux actions spécifiques d'hygiène dans les hôpitaux (formation du personnel, architecture des établissements de soins),

-           la mise en place d’une surveillance épidémiologique des infections nosocomiales,

-           l’information en direction du public et des usagers.

Pour créer un cadre favorable à la lutte contre les IN, il faut un engagement des autorités politiques et administratives, tant au niveau central, intermédiaire que local.

Cela doit être formalisé par l’élaboration d’une politique nationale de lutte contre les infections nosocomiales pour une meilleure sécurité des soins dans les établissements de santé.

Pour une meilleure coordination de la lutte, il est indispensable de mettre à chaque niveau de la pyramide sanitaire nationale et de chaque établissement de santé, des structures de lutte contre les IN. Ces structures seront chargées de coordonner et d’organiser la surveillance, la prévention, la formation continue et la spécialisation des personnels, de suivre et d’évaluer les activités en matière de lutte contre les infections nosocomiales.

Chaque établissement devrait:

-           élaborer des plans annuels de lutte contre les IN de l’établissement;

-           mettre en œuvre et évaluer le programme de lutte contre les IN adoptées par l'établissement ;

-           élaborer et diffuser les recommandations techniques de bonne pratique d’hygiène ;

-           recueillir et traiter les données de la surveillance des IN ;

-           former et recycler les professionnels dans le domaine de la gestion du risque nosocomial ;

-           informer les patients et le public sur les bonnes pratiques d’hygiène hospitalière et le risque nosocomial.

DOMAINE D’ACTION A PRIORISER

DIFFUSION DE RECOMMANDATIONS DE BONNES PRATIQUES D’HYGIENE

Pour garantir une meilleure efficacité de la lutte contre les infections nosocomiales, il est nécessaire d’élaborer et de diffuser les guides de bonnes pratiques d’hygiène qui seront adressés à l’ensemble des établissements de santé, ainsi qu’aux instituts de formation médicale et paramédicale.

Les thèmes suivants y pourront par exemple être abordés :

-           l’organisation de la lutte contre les infections nosocomiales dans les établissements de santé,

-           les précautions standards d’hygiène hospitalière,

-           le bon usage des antibiotiques à l’hôpital,

-           l’information et la communication vers les usagers pour un changement de comportement,

RENFORCEMENT DE LA QUALITE DES ACTIVITES DE STERILISATION ET DE DESINFECTION DES DISPOSITIFS MEDICAUX REUTILISABLES

Les activités suivantes peuvent être envisagées :

-           le renforcement réglementaire et législatif sur le traitement des dispositifs médicaux réutilisables (DMR),

-           l’aide au financement pour la mise en conformité des équipements de traitement des dispositifs médicaux réutilisables dans les établissements de santé,

-           le renforcement de l’évaluation et du contrôle- qualité des dispositifs médicaux réutilisables mis sur le marché burkinabè,

-           la création d’une stérilisation centrale, dans chaque établissement de santé,

-           le contrôle et la traçabilité  des activités de désinfection et de stérilisation.

MAITRISE DES BACTERIES RESISTANTES AUX ANTIBIOTIQUES

En médecine ambulatoire comme en médecine hospitalière, cette utilisation, excessive dans certaines circonstances, peut favoriser la survenue de résistances aux antibiotiques. Il faudra donc :

-           mettre en place une organisation permettant un bon usage des antibiotiques dans les hôpitaux,

-           améliorer l’information des praticiens et mettre en place des actions d’éducation pour la santé en vue d’un meilleur usage des antibiotiques,

-           développer l’information des usagers sur le bon usage des antibiotiques et sur les inconvénients de l’auto- médication,

-           améliorer la qualité des soins en matière de pathologies infectieuses.

RENFORCEMENT DES CAPACITES  DES PROFESSIONNELS DE SANTE EN HYGIENE HOSPITALIERE

Cela suppose qu’il faut intégrer, en amont, les  enseignements d’hygiène hospitalière dans le cursus de formation de base des agents de santé et, en aval, une formation continue ou recyclage des professionnels en activité, sans oublier les formations de spécialisation en hygiène hospitalière.

DEVELOPPEMENT D’UN PROGRAMME NATIONAL DE SURVEILLANCE DES IN

Pour déterminer et adapter un programme de lutte/prévention contre les IN, les établissements de santé doivent prendre en compte les activités de surveillance épidémiologique afin de connaître les caractéristiques épidémiologiques de ces infections nosocomiales.

            Les priorités de surveillance devraient porter sur :

-           la réalisation d’une enquête de prévalence initiale portant sur l’ensemble des patients hospitalisés,

-           l’évaluation périodique des plateaux techniques de traitement des DMR des établissements de santé  (Surtout en pratique chirurgicale),

-           la surveillance continue de la fréquence des bactéries multi résistantes, ainsi que la consommation de certains antibiotiques.

CONCLUSION

S’il n’est pas possible de maîtriser tous les facteurs liés à la situation médicale des patients dans l’état actuel des connaissances, la qualité des soins et la sécurité de l’environnement hospitalier doivent faire l’objet d’une vigilance renforcée et d’actions de prévention. Même si le « risque zéro » n’existe pas en la matière, la réduction de la part "évitable" des infections nosocomiales est un élément fondamental de la sécurité des soins.

A cette sécurité qualitative du patient, il est démontré que l’hygiène hospitalière contribue à la réduction des coûts de santé, aussi bien pour le patient que pour l’établissement de soins.

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One comment

  1. Il est important d’appliquer une vision pluridisciplinaire dans l’approche de construction des systèmes de santé dans nos pays d’afrique et donc de crééer une cohérence et des liens forts entre divers acteurs de la santé. En exemple souvent cité, le projet d’appui au développement du système de santé du nord kivu en RDC ici:
    http://www.ulb-cooperation.org/projet/appui-au-developpement-integre-du-systeme-de-sante-au-nord-kivu

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