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MALADIES CARDIO-VASCULAIRES : « Certaines  sont héréditaires », dixit Pr Patrice Zabsonré

 

Quand le cœur va  mal, l’organisme fonctionne au ralenti.  Nous nous sommes entretenus avec un éminent professeur qui nous a détaillé le cœur et ses pathologies. Il nous a aussi donné des pistes pour bien conserver le cœur, moteur de l’organisme. Pr titulaire de Cardiologie à l’Unité de formation et de recherche en science de la santé de l’Université de Ouagadougou, Patrice Zabsonré, puisque c’est de lui qu’il s’agit,   est aussi le chef de service de cardiologie du Centre hospitalier Yalgado Ouédraogo (CHU-YO).

« Votre santé » : Quel rôle le cœur joue-t-il dans l’organisme ?

Pr Patrice Zabsonré : Le cœur joue le rôle de moteur de  l’organisme, parce que grâce à lui le sang est propulsé dans tout le corps pour répondre aux besoins énergétiques des différents organes de l’organisme. Si le moteur s’arrête, cela veut dire que les organes ne sont plus perfusés et ils vont présenter des signes de souffrances.

Quelle est la proportion des hommes et femmes sujets aux problèmes de cœur, et qu’est-ce qui explique ces statistiques ?

Du point de vue de la répartition, par sexe, des malades souffrant de pathologies cardio-vasculaires, on a clairement dit que la femme avant la ménopause, était protégée. Elle rejoint l’homme, du point de vue du risque cardio-vasculaire, après la ménopause. Mais ce n’est pas de façon globale, parce que si l’on va dans les détails, il y a des pathologies que l’on observe  fréquemment chez la femme, même avant la ménopause et vice-versa. Toujours est-il qu’à partir de la ménopause, le risque cardio-vasculaire de la femme est le même que chez l’homme.

Le Burkina dispose-t-il d’assez de cardiologues ?

Le Burkina dispose d’une masse critique de cardiologues à hauteur de 40 à 50, à l’heure actuelle. Dans la sous-région, on est quand même un peu nanti, parce qu’un pays comme le Sénégal a peu près 50 à 60 cardiologues, alors que c’est un pays très en avance du point de vue de la formation des cardiologues. Nous aussi nous  formons des cardiologues à l’Université de Ouagadougou. Nous venons d’effectuer la deuxième sortie de cardiologues entièrement formés à l’UO. A l’heure actuelle, il doit y avoir 50 cardiologues au Burkina Faso.

Quel est le ratio cardiologues/ habitants?

Le ratio est très faible quand c’est 50 cardiologues pour une population de 16 millions. Mais, par rapport aux autres spécialités, nous sommes quand même bien nantis. Il y a des spécialités qui sont véritablement orphelines comme celle de la néphrologie.

Il est courant d’entendre qu’une personne est décédée suite à une AVC. Comment peut-on expliquer cela ?

L’AVC est l’abrégé de «  accident vasculaire cérébral ». Et cela veut dire qu’il y a un accident qui est survenu au niveau du cerveau. Une artère qui s’est soit  rompue et le sang va se  diffuser dans le cerveau, ou cette artère s’est bouchée et donc il y a une partie du cerveau qui va manquer de sang. Quand c’est rompu on appelle cela « accident vasculaire cérébrale hémorragique », et quand c’est bouché  on appelle cela « accident vasculaire cérébrale». L’artère est au centre de la pathologie cardio-vasculaire. De la tête au pied il y a des artères. Elles déterminent les complications cardiaques, au niveau de l’organisme : complication rénale, cardiaque, cérébral, et parfois même complication au niveau des membres inférieurs. Le facteur de risque de l’AVC est l’hypertension artérielle. Et cette maladie est très fréquente en Afrique. On peut même dire que c’est l’apanage du sujet africain. Avec cette particularité que chez l’Africain elle touche non seulement des sujets jeunes, mais elle est grave. En Europe, le plus souvent c’est à partir de 40 ans que l’on peut contracter cette maladie. Mais ici, à partir de 35 ans, on a des sujets hypertendus. L’Hypertension est l’une des complications très fréquentes au Burkina Faso.

Mourra-t-on de plus en plus d’AVC ?

On va mourir plus d’AVC que de complications cardiaques et rénales. Quand nous allons mieux maîtriser les poussées d’hypertension, on va réduire les accidents cérébraux, mais on ne va pas réduire les complications rénales parce que la population va vieillir davantage, les organes comme les reins vont vieillir, et donc l’insuffisance rénale sera l’évolution de l’hypertension artérielle. Si bien que la plupart des malades de néphrologie sont le plus souvent des hypertendus mal traités parce que, non dépisté, mais aussi qui ne se sont pas traités par ignorance.

Quelle est la relation entre obésité, hypertension et pratique du sport ?

L’hypertension artérielle peut être la conséquence indirecte de l’obésité. La pression artérielle augmente avec le poids. Elle augmente aussi avec l’inactivité. Donc si on réduit le poids, la sédentarité, on réduira le risque de développer l’hypertension artérielle. C’est pour cela nous encourageons les gens à maigrir et à faire du sport parce que cela concoure à réduire la tension artérielle, de manière à ce qu’on ait plus besoin de prendre autant de médicaments que quelqu’un qui n’a pas maigri. Il y a toujours un bénéfice à maigrir  et à faire une activité sportive quand on est hypertendu.

Ya-t-il un régime particulier à suivre pour  éviter les maladies cardio-vasculaires ?

Depuis quelques années, on pense que  l’hypertension artérielle tire son essence des facteurs génétiques, mais il y a toujours l’environnement qui joue un rôle important dans la survenue de l’hypertension artérielle. Et qui dit environnement, dit mode de vie alimentaire et en termes d’activités. Le sel est la plaque tournante dans le mécanisme qui préside à la survenue de l’hypertension artérielle. Il suffit de se reporter à l’histoire. Dans le temps, quand on partait au village, le meilleur cadeau c’est d’offrir du sel. Et en ces temps-là l’hypertension était moins fréquente en campagne qu’en zone urbaine. Malheureusement, la ville et la campagne sont devenues pareilles grâce aux médias. Les gens ont adopté des habitudes alimentaires identiques, en ville comme en campagne, si fait que l’on voit de plus en plus autant d’hypertendus en ville qu’en campagne. Ce qu’on avait comme atout pour ne pas développer une maladie cardio-vasculaire, on le perd de plus en plus. En campagne, non seulement on consomme beaucoup le sel, mais aussi on y boit de l’alcool comme en ville, et on a tendance à abandonner la sauce potasse au profit de ce qui est salé et qui s’achète dans les supermarchés. Ce qu’il faut savoir, c’est que la plupart des repas disponibles dans les supermarchés sont très salés pour la simple raison que le sel permet de conserver les aliments. Aujourd’hui on mange gras, salé, et le sel retient l’eau dans l’organisme, alors que si on retient l’eau cela veut dire que l’on prend du poids. Tout cela contribue à augmenter la fréquence de l’hypertension artérielle. C’est pour cela que nous, en tant que membres de la société de cardiologie, nous avons entrepris de mener une campagne de sensibilisation en direction des professionnels de la restauration. On leur a dit qu’ils ont intérêt à proposer aux clients des repas non salés parce que c’est ce qui est recommandé pour une bonne santé cardio-vasculaire. La population a intérêt  à changer d’habitude alimentaire en favorisant les légumes et les fruits et éviter les repas salés, sucrés et gras.

Les maladies cardio-vasculaires sont-elles héréditaires ?

Il y a des maladies cardio-vasculaires qui sont héréditaires. Sur 40 malades, 75% sont des hypertendus. Les enfants issus de parents hypertendus ont beaucoup de risques de développer l’hypertension artérielle. Cela a une implication en termes de prévention. Il faut cibler les enfants issus de parents hypertendus pour leur dire qu’ils courent le risque de développer l’hypertension artérielle.  Ce risque augmente avec l’âge. Et comme on ne peut pas  lutter contre l’âge, il faut maigrir, éviter la sédentarité et faire du sport.

Si vous avez un parent qui est décédé à l’image jeune, c’est-à-dire 55 ans, vous avez beaucoup de risque d’en faire. Le risque  c’est surtout avec les frères et les sœurs. Le risque devient moindre au second degré, c’est-à-dire les cousins. Par exemple les sujets dont les parents ont eu une mort subite doivent subir des examens préalables quand ils veulent mener une activité sportive de haut niveau.

Que risque-t-on quand le cœur ne fonctionne pas bien ?

Il ne fonctionne pas bien parce qu’il reçoit trop de sang ou lutte contre un barrage. Il va s’adapter, dans un premier temps, jusqu’à ce qu’il ne puisse plus le faire. En ce moment,  il va se dilater et devenir faible. Si le cœur est insuffisant, c’est l’insuffisance cardiaque. Le malade commence à être essoufflé au moindre effort. Si le cœur est insuffisant, il s’en suit la mort.

Ya-t-il une collaboration entre les praticiens de la médecine traditionnelle et ceux de la médecine moderne ?

La collaboration n’est pas effective comme le souhaiterait les autorités du ministère de la Santé. Mais de plus en plus IRSS fait la promotion de la médecine traditionnelle dans le sens d’étudier la pharmacopée pour la mettre à la disposition des cliniciens. Nous n’allons pas directement vers les  tradipraticiens. Mais nous souhaitons que ces derniers aillent vers l’IRSS et que la collaboration s’établisse à ce niveau. En ce moment, nous saurons que c’est sur une base scientifique.

En conclusion

Je remercie le Fondateur des Editions « Le pays » pour ce que vous faites dans le sens d’éduquer la population. Les médias ont un rôle essentiel à jouer, surtout dans le domaine cardio-vasculaire. Nous comptons sur vous pour que la population reçoive les messages justes et pertinents.

Propos recueillis par Françoise DEMBELE

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