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Pr Blandine Bonanet/Thiéba à propos du métier de gynécologue : « Il faut améliorer les conditions de travail des gynécologues pour qu’ils puissent donner des soins de qualité »  

 

Pr Blandine Bonanet/Thiéba, gynécologue obstétricien, présidente de la société des gynécologues et obstétriciens du Burkina (SOGOB), par ailleurs enseignante à l’Université de Ouagadougou, dans une interview qu’elle nous a accordée le 14 décembre dernier, parle du 8e congrès des gynécologues et des difficultés auxquelles ils sont confrontés dans l’exercice de leur fonction. Lisez !

 

« Le Pays » : Présentez-nous la SOGOB

 

Pr Blandine Bonanet/Thieba : La Société des gynécologues et obstétriciens du Burkina (SOGOB) est une association professionnelle à but non lucratif, créée en 1992 suite à la volonté d’un noyau de gynécologues du Burkina Faso et des membres alliés, à œuvrer pour l’amélioration de la santé des femmes et la promotion de la spécialité.

 

Parlez-nous de votre dernier congrès. Quel bilan en faites-vous ?

 

La qualité des soins de santé maternelle et néonatale est ce qui a été traité au cours de ce congrès. Mais, nous avons également échangé sur la surveillance des décès maternels et l’audit, la santé reproductive des adolescents et la relance de la planification familiale dans les pays membres de la société africaine de gynécologie obstétrique. Ces thèmes ont été traités sous forme de conférence et de panels. Nous tirons de ce congrès un bilan satisfaisant, en ce sens que les gynécologues se sont engagés à offrir des soins de qualité. Parce que, qui dit soins de qualité dit soins offerts dans un environnement adéquat en terme d’infrastructures et d’équipements, mais aussi l’accessibilité des soins aux plus démunis. Le Burkina Faso a d’ailleurs fait un grand pas avec la gratuité des soins que nous saluons au passage.

 

Cela signifie qu’il n’y avait pas de soins de qualité au Burkina Faso ?

 

Quand on parle de qualité, c’est à tous les niveaux aussi bien au niveau de l’accès, au temps d’attente et la disponibilité du matériel. Nos hôpitaux ne sont pas bien équipés ; il faut que les autorités essaient de voir cela, parce que nous avons la chance d’avoir les opportunités de formation ailleurs mais, une fois formés, nous ne pouvons pas mettre en pratique ce qu’on a appris. Cela joue sur l’offre de soin de qualité si bien que certaines pathologies sont transférées par obligation dans d’autres pays où les plateaux techniques sont bien fournis.

 

Les recommandations faites au cours du congrès trouveront-elles des réponses ?

 

Ce sont des recommandations qui  d’une manière générale sont adressées aux prestataires que nous sommes, mais également au gouvernement de nos pays. Et ces recommandations évoquées doivent guider les politiques à nous accompagner dans l’offre de soin de qualités.

 

Combien de gynécologues compte-t-on au Burkina ?

 

Nous avons des gynécologues inscrits au niveau de la société dont 110 gynécologues à ce jour. Il y a de cela quelques jours, nous avons eu la chance d’avoir environ 17 nouveaux gynécologues sortis de l’Université Ouaga I Pr Joseph Ki-Zerbo.  Nous les attendons afin qu’ils puissent augmenter le nombre des prestataires. Il y a des gynécologues qui exercent aussi dans le privé mais, ils ne  sont pas inscrits dans notre société. Etant donné que c’est une association, l’inscription n’est pas obligatoire comme à l’ordre des médecins. C’est l’ordre des médecins qui pourra nous statuer sur la question.

 

Quelles sont les difficultés auxquelles les gynécologues sont confrontées ?

 

La première difficulté c’est l’environnement de travail adéquat. Dans certaines localités, il y a une surcharge de travail avec des conditions de garde qui ne sont pas toujours réunies. Quand je prends l’exemple du CHU Yalgado Ouédraogo où j’exerce, avec la mise en place de la gratuité, il y eut un temps où on avait 20 à 22 césariennes par jour. Et quand vous opérez une femme, vous êtes obligé de la laisser à même le sol pour les suites opératoires ; or on sait ce que ces femmes courent comme risques aussi bien chez la mère que chez le bébé. Nous sommes à un siècle où normalement chaque malade devrait être sur un lit à l’hôpital. Nous disposons de matériel également qui nécessite une maintenance. La salle d’accouchement est un peu désuète, parce que   normalement, chaque table d’accouchement devrait avoir un carton topographe  pour permettre de  suivre un rythme cardiaque fœtal et les contractions de la femme pendant le travail. En dehors de cela, la prise en charge gynécologique des femmes parce qu’il y a beaucoup de pathologie que nous devons traiter, et là, temps que les urgences ne sont pas terminées nous ne pouvons pas nous occuper des femmes qui ont des problèmes gynécologiques concrets comme on le dit à froid. Nous sommes souvent obligés de reporter des interventions, ce qui décourage les femmes, tout simplement parce que nous sommes submergés par les urgences obstétricales et gynécologiques.

 

Pourquoi est-il parfois difficile d’avoir un gynécologue pour une consultation dans nos centres de santé public ?

 

C’est possible qu’il y ait certains qui exercent dans les centres de santé privé, même s’il  y a une bonne partie qui exerce dans le public. Nous avons un système de garde et en dehors des heures de travail, le gynécologue va faire des prestations en privé pour pouvoir faire face aux dépenses familiales. Peut-être ce qui les attire aussi dans le privé ce sont les conditions de travail. Il y a quelques années, nous avons envisagé de faire le privé à l’hôpital, mais cela n’a pas abouti. Si on prend l’exemple sur Europe, dans certains hôpitaux publics le gynécologue travaille aux heures normales et il a la possibilité de faire des consultations privées  dans le même hôpital. Cela lui permet d’augmenter ses revenues d’une part, et d’autre part, permet à l’hôpital également de bénéficier de ses prestations. C’est une opportunité qu’on devrait permettre si on compte le nombre d’année de formation à faire ici. Du moment où il y a la médecine générale qui fait 7 à 8 ans en plus de 4 ans de spécialisation. Une chose aussi que l’Etat gagnerait à revoir concerne la grille salariale des  médecins spécialistes en général afin que les grèves ne se répètent pas. Car les revendiquant exigent d’être payés à la hauteur  du nombre d’année d’étude fait d’une part, mais de travailler aussi dans de très bonnes conditions ; parce que c’est ce qui surmène et stresse les agents.  Nos collègues en Europe quand ils finissent, ils peuvent faire 1 ou 2 césariennes, tout au plus des cas, ils en font 3. Ici la moyenne tourne autour de 15 à 17 césariennes depuis quelque temps à Yalgado et en période de pointe, on va jusqu’à 25 césariennes. Au détour de cela, lorsque le salaire tombe, on se pose des questions. Alors que si vous faites les mêmes interventions 4 ou 5  au niveau du privé vous pouvez avoir le double de votre salaire. Donc on fait du social, en tant que Burkinabè, nous avons un esprit patriote en même temps nous avons des besoins aussi qu’il faut satisfaire. Je pense que c’est une bonne raison de plus qui pousse les uns et les  autres à aller vers les privés. Ceux qui ne veulent pas faire le public vont directement dans le privé pour offrir leur service, et leur allure se distingue des nôtres.

 

Quelles sont les pathologies fréquentes chez les femmes de nos jours ?

 

De nous jours, nous avons les fibromes, pathologie et les kystes  de l’ovaire qui sont fréquentes. Depuis quelque temps, il y a l’émergence des cancers gynécologiques et mammaires et celui du col de l’utérus. Voilà pourquoi j’invite toutes les femmes à partir de 25 ans à faire le dépistage du col de l’utérus. Le cancer du sein, on peut faire un dépistage par autopalpation et consulté un médecin si toutefois une anomalie se présente au niveau du sein. Les autres cancers gynécologiques ne sont pas toujours accessibles  aux dépistages. Mais une consultation annuelle permettra de faire le bilan gynécologique des femmes en période d’activité génitale, et même après la ménopause, parce que certaines pathologies peuvent aussi apparaître après la ménopause. La genèse de ces pathologies n’est pas connue. A travers les dépistages, nous avons présentement constaté une fréquence élevée de cancer. Surement, ces pathologies existaient avant, mais pour des raisons culturelles, les gens n’osaient pas aller exposer leurs problèmes gynécologiques  aux médecins. Mais de plus en plus, avec le travail que les médias comme vous mènent, les femmes à consulter à la moindre anomalie. C’est cela qui peut expliquer cette émergence. Notre environnement est en train de changer.  Il y a beaucoup de chose, donc il ne faut pas qu’on se leurre. Voilà pourquoi il convient de préserver l’environnement avant de faire quoi que ce soit.

 

Est-il avéré qu’on assiste à une récurrence du phénomène des bébés prématurés ?

 

Ce n’est pas possible, mais on n’a pas les chiffres exacts car nos données sont hospitalières. On a environ 8 à 10% des naissances à Yalgado qui sont prématurées. Or le gros problème est que les facteurs qui concourent à des accouchements ne sont pas toujours détectés parce qu’il y a des facteurs médicaux que l’on recherche à travers certains examens, des facteurs environnementaux qu’on ne maîtrise pas et qui sont liés à l’individu. Certains bilans ne sont pas disponible ou accessible à certaines patientes qui ont accouché des prématurés et dont la survie est souvent hypothétique à cause de la recherche de l’agent vecteur. Nos hôpitaux devraient être  équipés de tout cela, nous avons la possibilité de faire certains examens complémentaires, mais leur accessibilité est financière.

 

Y a–t-il des conséquences liées au phénomène de la gratuité des soins instaurée par le gouvernement ?

 

La gratuité est la bienvenue car elle permet aux femmes qui n’avaient pas la possibilité d’aller vers les centres de santé d’avoir des soins. Cependant du fait de l’affluence à laquelle nous faisons face, nous assistons à une rupture des produits qui n’auraient pas pu être aussi importante s’il n’y avait pas eu le problème de la CAMEG réduisant l’approvisionnement des unités, si bien qu’à un certain moment on était obligé de prescrire, chose que la population ne comprenait pas et s’en-prenait souvent aux prestataires

 

Autres choses à ajouter

 

Nous souhaiterions que les médias continuent d’informer de façon juste les populations et de temps à temps qu’ils viennent vivre avec les agents de santé les conditions de travail afin de donner un sens plus poignant aux reportages ce qui pourrait contribuer à l’amélioration des conditions de travail de ces agents de santé. Car les ressources humaines surtout font défaut dans nos centres de Santé.

 

Valérie TIANHOUN 

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