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PRATIQUE  ILLEGALE DE LA MEDECINE AU BURKINA : Près de 15 cas graves recensés entre 2014 et 2017  

 

Le Conseil de l’Ordre national des médecins mène une lutte acharnée contre la pratique illégale de la médecine en vue de protéger les populations. Cette détermination a permis de déceler ces 3 dernières années près de 15 cas graves, dont 7 ont fait l’objet de poursuite judiciaire. Pour éclairer l’opinion publique sur ces cas et le sens de sa lutte, le Conseil régional de l’Ordre des médecins de Ouagadougou (CROM-Ouaga) a rencontré, le 23 février 2017, les Hommes de médias dans la salle de conférences de la direction du Centre hospitalier universitaire Yalgado Ouédraogo. Cette conférence de presse a été animée par le président du CROM-Ouaga, le Pr Ag Charlemagne Ouédraogo, avec à ses côtés, le vice-président, le Pr Ag Adama Sanou, le secrétaire général, Dr Ismaël Diallo, et la Trésorière adjointe, Dr Doris K. Ouoba.  

 

N’exerce pas la profession de médecin qui veut, mais qui peut. Ceux qui ignorent cela ou du moins ont foulé aux pieds les règles qui régissent ce noble métier ont subi la foudre du Conseil national de l’Ordre des médecins. Et ce n’est pas Mamadou Chérif Dabo ou Mahamadi Ouédraogo qui dira le contraire. En effet, le premier cité s’adonnait à la pratique illégale de la médecine. Or, il n’a jamais mis les pieds dans une école de médecine, selon le président du Conseil régional de l’Ordre des médecins de Ouagadougou, le Pr Ag Charlemagne Ouédraogo. Mis aux arrêtés le 10 juin 2014 et jugé dans la même année, Mamadou Chérif Dabo a été reconnu coupable des faits d’usage de faux, notamment de faux diplôme de docteur en médecine, d’usurpation de titre de médecin et d’exercice illégal de la profession de médecin. Condamné à 24 mois d’emprisonnement, avec interdiction de séjour au Burkina pendant 10 ans et 40 millions de F CFA de dommages et intérêts à verser à l’Ordre des médecins, Mamadou Chérif Dabo a fait appel du jugement mais jusque-là, il n’y a pas eu d’audience. Mais à la grande surprise du Conseil de l’Ordre, il a été mis en liberté provisoire à l’audience du 13 février 2015 par la Cour d’appel, « soi-disant pour raison médicale. Notre conseil n’en a jamais été avisé, ni le Conseil de l’Ordre. L’individu aurait ainsi organisé son insolvabilité puis quitter le Burkina », a raconté le Pr Ag Charlemagne Ouédraogo avec un air triste. Selon ses explications, c’est par voie de presse que le Conseil de l’Ordre des médecins a découvert que le certificat médical dont il a bénéficié était non seulement faux car signé par un autre faux médecin du mon de Mahamadi Ouédraogo dont le dossier est en instruction, mais que Mamadou Chérif Dabo n’avait jamais eu de permission pour sortir hors de la MACO pour des soins.

 

Le CROM-Ouaga pour la manifestation de la vérité sur les conditions de libération de Mamadou Chérif Dabo

 

Un courrier avait donc été adressé à la ministre de la Justice d’alors, mais il est resté lettre morte, car le Conseil de l’Ordre n’a jamais eu de réponse. C’est ainsi qu’il a saisi les nouvelles autorités qui ont promis de donner une suite. Aux dernières nouvelles, l’affaire a été enrôlée dans les dossiers de la commission d’enquête du Conseil supérieur de la magistrature. Le Conseil de l’Ordre qui a été auditionné sur le sujet le 2 février 2017 espère qu’il y aura une manifestation de la vérité sur les conditions de libération de Mamadou Chérif Dabo de nationalité ivoirienne.  Abordant le dossier  Mahamadi Ouédraogo, le Pr Ag Charlemagne Ouédraogo dira que ce dernier qui a signé le faux certificat médical au profit de Mamadou Chérif Dabo, était un fonctionnaire de l’Etat et totalisait à la date de son arrestation, plus de 10 ans de service. Avec un faux diplôme venu de la Côte d’Ivoire, ce dernier avait réussi à s’inscrire frauduleusement au tableau du Conseil de l’Ordre des médecins le 29 mars 2005 sous le numéro 920, après avoir fait, entre autres, la chirurgie d’urgence à Sapouy.  Il jouit actuellement d’une liberté provisoire en attendant son procès et le Conseil de l’Ordre se demande s’il ne va pas prendre la poudre d’escampette avant son jugement. Outre ces deux cas, le Conseil de l’Ordre des médecins a épinglé 5 autres faux médecins. Il s’agit de Mahamadi Dicko, un faux médecin anesthésiste et réanimateur qui évoluait à Ouagadougou avec un faux diplôme qui proviendrait de l’Université de Libreville au Gabon. Selon le Pr Ag Charlemagne Ouédraogo, c’est suite à une demande d’emploi au poste d’anesthésiste réanimateur auprès du Centre hospitalier national Blaise Compaoré  que ce dernier a été démasqué après vérification de son dossier de candidature.  Son diplôme de doctorat en médecine n’était pas authentique, celui de spécialisation en anesthésie réanimateur était également faux. Après son arrestation et l’audition du Conseil de l’Ordre par la gendarmerie, plus de nouvelle de lui. Le Conseil de l’Ordre se demande si le faussaire est toujours à la Maison d’arrêt et de correction de Ouagadougou (MACO), ou en liberté provisoire ou s’il est hors du pays. Il espère que le 1er substitut du procureur du Faso qui avait promis de lui fournir plus d’informations sur ce sujet, le fera dans les jours à venir. Le Conseil s’interroge également sur le cas d’Illah Mohamed Magelat Adaré, promoteur de 7 centres de santé dénommés « Association santé pour tous en 2030 », qui avait été interpellé le 10 juillet 2015, jugé et incarcéré. Toujours est-il que ce dernier dont le matériel médico-technique et les médicaments (2, 6 tonnes) avaient été saisis, n’a pas encore soldé ses comptes avec le Conseil de l’Ordre à qui il doit payer des dommages, selon le principal animateur de la conférence. Si le Conseil de l’Ordre s’interroge sur ces 4 cas, il semble être situé sur les 3 autres cas, notamment celui de Yacouba Ouédraogo, condamné à 6 mois de prison avec sursis et au paiement d’un franc symbolique pour usurpation de titre de médecin,  de l’étudiant Tangara qui exerçait illégalement la profession de médecin alors qu’il avait abandonné l’université en année de thèse. Jugé environ 2 mois après son incarcération à la MACO, ce dernier avait été relaxé. Les membres de l’ONG Direct AID qui ont aussi exercé illégalement la médecine au Burkina ont été condamnés.  Mais ils ont soldé leurs comptes avec le Conseil de l’Ordre, a affirmé le Pr Ag Charlemagne Ouédraogo qui a précisé que de 2014 à 2017, plus de 15 cas graves ont été recensés dont certains sont en instruction et d’autres au stade de plainte.  C’est le cas, a-t-il dit, du faux cardiologue qui exerce illégalement à Ouagadougou.  Le Conseil de l’Ordre des médecins estime que ses documents sont faux, car son cachet porte le nom de Polyclinique Ste Marcelline qui n’existe pas au Burkina. En plus, il a déjà prescrit près de 12 médicaments avec de fortes doses et contradictoires à un cardiopathe de 54 ans. Il a été entendu mais n’a pas encore été arrêté, a expliqué le Pr Ag Charlemagne Ouédraogo dont le souhait est qu’il soit mis hors d’état de nuire.

 

Environ 3 000 patients reçus par un faux médecin

 

A la question de savoir si les patients de ces faux médecins ont reçu des produits nuisibles à leur santé, la réponse du Pr Ag Charlemagne Ouédraogo est, on ne peut plus claire : « Ils ont certainement reçu des produits qui étaient nuisibles ». Et de s’appesantir sur le cas de Mamadou Chérif Dabo : « A l’arrestation de celui, il avait reçu environ 3 000 patients et avait délivré des ordonnances avec des médicaments à posologie de cheval et qui pouvaient poser des problèmes. Certains patients ont toujours en leur possession des ordonnances qu’ils renouvellent. Ce qui n’est pas sans conséquence pour leur santé », a-t-il indiqué. Si le Conseil de l’Ordre avait été dédommagé à hauteur de 40 millions, il aurait pu mener une action pour retrouver ces personnes et corriger leur traitement et les réorienter vers d’autres spécialistes. Malheureusement, déplore le Pr Ag Charlemagne Ouédraogo, le Conseil de l’Ordre n’a pas ces moyens, car il fonctionne sur la base des cotisations de ses membres. Toutefois, il a prévenu qui de droit afin que les patients de ce faux médecin soient retrouvés pour corriger leur traitement, a-t-il rassuré. Comment faire pour que ce faux médecin en fuite ne puisse pas nuire à d’autres malades? Le Conseil de l’Ordre qui collabore avec presque tous les autres conseils de l’Ordre des médecins de l’espace CEDEAO-UEMOA y a pensé. En effet, il a transmis la photo et les condamnations de Mamadou Chérif Dabo au Conseil de l’Ordre des médecins ivoiriens pour publication. En plus de cela, il y a une plateforme internationale où on retrouve tous les Ordres en médecine, en santé, a rassuré le Pr Charlemagne Ouédraogo qui a précisé que ce faux médecin dont on ignore le vrai nom avait épousé une Burkinabè. En effet, le nom Mamadou Chérif Dabo est l’identité d’un médecin malien.

Répondant à une question relative aux conditions d’exercice de la médecine au Burkina, le Pr Ag Charlemagne Ouédraogo dira que même si quelqu’un a le doctorat en médecine, tant qu’il n’est pas inscrit au tableau de l’Ordre des médecins, il ne peut pas exercer légalement la profession de médecin. C’est pourquoi d’ailleurs, l’Etat ou les établissements privés de santé ne peuvent recruter un médecin sans que ce dernier n’ait son attestation du Conseil de l’Ordre des médecins, a-t-il relevé. A son avis, l’Etat prend à bras-le-corps, le problème du Conseil de l’Ordre qui collabore avec les autres structures de santé. Mais comment reconnaître un faux médecin? Difficile de le faire à vu d’œil. Mais le Conseil de l’Ordre y travaille, foi du Pr  Charlemagne Ouédraogo. Il a d’ailleurs révélé que le Conseil est en train de mener certaines initiatives avec certains opérateurs de téléphonie mobile afin de permettre aux patients une fois devant un médecin de pouvoir l’identifier à l’aide du téléphone portable grâce à une application. D’autres initiatives visant le même objectif sont en cours, a souligné le Pr Ag Charlemagne Ouédraogo qui a, du reste, demandé l’accompagnement des médias pour réussir ce combat contre les faussaires.

 

Dabadi ZOUMBARA

 

ENCADRE

 

Les conditions de l'exercice de la médecine au Burkina Faso

 

En ce qui concerne l'inscription au tableau de l'Ordre des médecins, les conditions pour exercer la médecine au Burkina Faso sont édictées par les articles suivants de la loi:

 

Article 37 :

 

Nul ne peut exercer la profession de médecin au Burkina Faso s'il n'est inscrit au tableau de l'Ordre.

 

Article 38 :

 

Nul ne peut être inscrit au tableau de l'Ordre s'il n'est titulaire du diplôme d'Etat de docteur en médecine ou de tout autre diplôme reconnu équivalent.

Il doit être soit de nationalité burkinabè, soit ressortissant de la zone UEMOA ou CEDEAO, soit ressortissant d'un pays membre ayant passé des accords de réciprocité avec le Burkina Faso, soit d'une autre nationalité reconnue par les autorités compétentes comme ayant la qualité de coopérant ou de réfugié.

 

Article 39 :

 

La demande d'inscription au tableau de l'Ordre est adressée par le requérant au conseil régional de l'Ordre de la région dans laquelle il se propose d'exercer.

Elle est accompagnée des pièces suivantes:

 

- le diplôme en original ou sa copie certifiée conforme;

- un certificat de nationalité burkinabè, une attestation de ressortissant d'un pays membre de l'UEMOA/ une carte CEDEAO, une attestation des accords de réciprocité entre le pays d'origine du requérant et le Burkina Faso ou un document attestant du statut de coopérant ou de réfugié;

 

- un extrait d'un casier judiciaire datant de moins de trois mois;

- un certificat médical d'aptitude physique et mentale.

 

Article 40 :

 

Le conseil régional de l'Ordre prononce l'inscription du postulant si toutes les conditions prévues aux articles 38 et 39 ci-dessus sont réunies.

Le refus d'inscription pour une infirmité ou un état pathologique ne peut être prononcé qu'après rapport d'expertise établi conformément aux dispositions de l'article 44 ci­-dessous.

 

Article 41 :

 

Le conseil régional statue dans un délai de deux mois à compter de la date de réception de la demande. Ce délai est prolongé en cas de nécessité d'enquête hors du territoire national. Le requérant en est avisé.

La décision du conseil est notifiée au requérant, aux autorités compétentes et au conseil national de l'Ordre dans les sept jours suivant son adoption.

La décision du refus d'inscription doit être motivée.

Le défaut de décision dans le délai imparti est considéré comme une acceptation de l'inscription au tableau de l'Ordre.

 

Article 42 :

 

Les décisions du conseil régional rendues sur les demandes d'inscription au tableau de l'Ordre, peuvent faire l'objet d'un recours devant le Conseil d'Etat dans un délai de deux mois à compter de la date de notification, soit par le demandeur s'il s'agit d'un refus d'inscription, soit par le président du conseil national s'il s'agit d'une décision d'inscription.

 

Article 43 :

 

L'inscription au tableau de l'Ordre rend légal l'exercice de la profession sur tout le territoire national. Tout changement de résidence professionnelle fait l'objet d'une notification par le conseil régional d'origine au conseil régional de la nouvelle résidence.

 

Article 44 :

 

En cas d'infirmité ou d'état pathologique d'un membre, rendant dangereux l'exercice de la profession par celui-ci, le conseil régional propose au conseil national la suspension temporaire du droit d'exercice.

La suspension est prononcée par le conseil national pour une période déterminée. Elle est renouvelable. La proposition de suspension ne peut être faite au conseil national que sur la base d'un rapport motivé, adressé par le conseil régional de l'Ordre, établi par trois praticiens spécialistes désignés: le premier par l'intéressé ou par sa famille, le deuxième par le conseil régional et le troisième par les deux parties d'un commun accord.

En cas de carence de l'intéressé ou de sa famille, la désignation du premier expert est faite sur demande du conseil régional par le procureur du Faso près le Tribunal de grande instance du lieu d'exercice professionnel du requérant.

 

Source : dossier de presse

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